Critique de film : Marie Stuart, reine d’Ecosse

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1561, Marie Stuart, veuve depuis peu du Roi de France, revient dans son Ecosse natale reprendre le trône qui lui est dû. Catholique dans un pays protestant, son règne déplaît à beaucoup. Et surtout à Elizabeth 1ère, qui voit d’un mauvais oeil l’arrivée de cette cousine susceptible de lui ravir le trône d’Angleterre…

 

D’abord emballée par ce film j’ai un peu déchanté face aux critiques mitigées qui ont considérablement refroidi mon enthousiasme (je sais, je suis une pigeonne influençable). Mais comme il me reste un minimum de force de caractère (et un abonnement illimité) j’ai décidé de lui donner sa chance. Comme souvent quand on s’attend à une déception j’ai été agréablement surprise.

Ce film est d’un grand classicisme formel, avec ce que ça implique de positif et de négatif. Visuellement c’est carré, les cadrages sont nickels, les costumes impeccables, la lumière est top (le plan où lord Danley signe la mise à mort de David Rizzio est magnifique, un vrai tableau de Vermeer) et la distribution solide (avec un big up pour David Tennant qui est extraordinaire dans tout ce qu’il fait)(oui c’est dit de manière totalement justifiée et objective). Margot Robbie est une très bonne surprise également, elle a réussi à me faire oublier Cate Blanchett pourtant excellente en Elizabeth 1ère.

Après ben… c’est classique quoi. Pas de fantaisie, d’imagination ou de loufoquerie. Un scénario linéaire. On est sur du pragmatique qui ne sort pas des clous. Si ca garantit un minimum de qualité plastique, c’est un peu ennuyeux par moment. Comme souvent les biopic malheureusement…

 

Le gros point fort du film reste ses deux personnages principaux. Deux femmes, deux reines isolées dans un monde misogyne d’hommes dévorés d’ambition.

Là où il aurait été facile de faire de Margot Robbie la « méchante » qui décapite sa propre cousine uniquement par amour du pouvoir, le scénariste Beau Willimon choisit la carte de la nuance. Elizabeth est une femme brisée, rendue paranoïaque par des années de complots et de trahisons, qui souffre de sa non-maternité. Elle le dit elle-même, aucun homme ne peut épouser une reine et accepter de n’être que consort, se marier c’est risquer la traîtrise conjugal quand l’époux choisira fatalement de conspirer pour récupérer un pouvoir qui fait tourner toutes les têtes.

Car le vrai méchant ici, c’est le pouvoir. Et ce que les hommes (car ils n’ont pas le beau rôle dans ce film) sont prêts à faire pour l’obtenir. Mensonges, viol, adultère, guerre civile, emprisonnement, rébellion… tout est bon pour grappiller quelques secondes de ce fameux sentiment de puissance. Aucune loyauté, aucune promesse, même celles qui semblent éternelles, ne résistent au besoin masculin de gouverner ses semblables.

Et à ce jeu de qui a la plus grosse, les femmes, et leur utérus qui suscite toutes les convoitises, sont toujours perdantes.

Elizabeth l’explique d’ailleurs à trois reprises : elle est devenue plus homme que femme (comprendre, prête à tout pour garder sa couronne). D’abord à Guy Pearce qui essaie de la convaincre une nouvelle fois de se marier. Puis à sa cousine à qui elle refuse son aide et à qui elle dira que c’est précisément ce qui fait sa féminité (sa beauté et sa fertilité notamment) qui l’a conduit à sa perte. Et enfin dans une scène finale où le visage figé dans un maquillage baroque, elle tiendra plus du mannequin sans âme que de l’être humain. Et c’est cette masculinisation qui la sauve.

Marie n’a pas cette chance. Trahie à deux reprises par son demi-frère et son mari, violée par l’homme en qui elle a le plus confiance (celui-là même qui jure au début du film qu’il n’a nulle ambition, juste la volonté d’honorer la promesse faite à la mère de Marie sur son lit de mort), elle est déclarée coupable des crimes commis à son encontre par David Tennant, superbe en prédicateur intégriste, qui montera le peuple contre elle et précipitera sa fuite.

Comme le dit Khalil Gibran, « Aussi sûr que la boussole montre le Nord, lorsqu’il cherche un coupable un homme pointera toujours le doigt vers une femme ».

Marie a peu d’alliés, si ce n’est ses fidèles dames de compagnie, gynécée qui la suit depuis la France, prêtes à tout pour la défendre. Amies, confidentes, partenaires de jeu, espionnes, sage-femmes… elles la soutiennent en tout et ce sont grâce à elles que Marie vit quelques instants de grâce et de lumière. La solidarité féminine aura rarement été aussi magnifiée dans un film historique.

Dans ce monde d’hommes cruels, les femmes ne peuvent compter que sur elles pour espérer s’en sortir.

 

Le film choisit un parti-pris intimiste là où les occasions de montrer de grandes envolées belliqueuses ne manquaient pourtant pas. La seule scène de bataille, lors de la première rébellion du demi-frère de Marie, est expédiée en quelques minutes. Les armées sont composées de jeunes paysans ou de vieillards infirmes, pas tous motivés à s’entretuer et leur adresse à l’épée est toute relative. Josie Rourke préfère se concentrer sur les histoires de coeur et de cour, les fêlures et les blessures de deux femmes que l’appétit des hommes pour la domination brutale va détruire irrémédiablement.

La foi de Marie, pourtant très forte dans la réalité, est peu mise en avant. A part cette scène inaugurale où son retour au pays natal est, littéralement, un baptême et les diatribes de David Tennant contre « la catin papiste », la religion, pourtant source principale de tension entre Marie et Elizabeth, est absente de ce film. Réalisatrice et scénariste nous font bien comprendre que ce n’est pas à cause de ses convictions qu’on déteste Marie, mais bien parce qu’elle est une femme. Et une femme qui refuse de se laisser dominer.

 

S’il ne révolutionne pas le biopic, Marie Stuart, reine d’Ecosse reste un film solide, visuellement bien supérieur à la moyenne, au parti-pris narratif intéressant et qui bénéficie d’un duo d’actrices solide (et de David Tennant <3<3<3).

 

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