Critique de film : Midsommar

Attention, présence de spoils avec des colliers de fleurs dans les cheveux

 

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Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé.
Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.

 

Deuxième réalisation d’Ari Aster, je l’ai préférée à Hérédité même si je ne sais pas si c’est dû à ses réelles qualités intrinsèques ou au fait que, cette fois-ci, je savais mieux à quoi m’attendre.

J’avais attendu la sortie d’Hérédité avec impatience, grâce à une bande-annonce alléchante et des critiques dithyrambiques qui m’ont vendue « le film d’horreur de la décennie » ou encore « le film le plus flippant depuis L’Exorciste« . Je suis allée à la séance en m’attendant à me chier dessus, prête à faire des cauchemars et dormir la lumière allumée pendant trois mois.

Et disons que, de ce point de vue, j’ai été super déçue… j’avais déjà été un peu sceptique en voyant la durée du film (un des plus grands crédos philosophiques de ma vie veut qu’un film vraiment flippant ne peut pas durer plus de 2h) mais, encore une fois, j’ai décidé de faire confiance à des inconnus et semi-mal m’en a pris.

En fait, plus qu’un film d’horreur, Hérédité était un film sur le deuil et les traumatismes familiaux qu’on se transmet généreusement de génération en génération au rythme terriblement lent. La première moitié n’était donc « qu' »un drame familial et, quand l’horreur a fini par s’installer réellement, elle partait vite trop loin pour moi.

Restait une mise en scène éblouissante qui me rendait verte de jalousie, un cadrage extraordinaire, une direction d’acteurs trois étoiles et la volonté de proposer autre chose dans un climat horrifique sclérosé (coucou Annabelle 3).

Hérédité était loin d’être un mauvais film, j’aurais peut-être même pu l’apprécier dans un contexte différent, mais voilà, ce n’est pas réellement un film d’épouvante or c’est ce que je m’attendais à voir à ce moment-là.

 

Toute cette introduction pour dire que je n’étais pas franchement impatiente de découvrir Midsommar mais que ça faisait définitivement trop longtemps que je n’étais pas allée au ciné (deux semaines d’abstinence dans le Sud de la France, c’est énorme).

Cependant, après l’expérience Hérédité et au vu de la durée du film (près de 2h30 quand même), j’étais plus préparée au « style Ari Aster » et j’ai modifié mes attentes.

Plus qu’un film d’épouvante-horreur (comme présenté sur Allociné), Midsommar est un autre drame, cette fois-ci sur la mort d’un couple. Plus que la communauté aux moeurs étranges, c’est la relation en pleine déliquescence de Dani et Christian qui représente le coeur du film.

Comme pour Hérédité, il ne faut surtout pas s’attendre à un film rythmé qui multiplie les effets de manche horrifiques ou les séquences traumatisantes. Ari Aster prend (trop peut-être pour certains) son temps pour installer une ambiance malsaine et dérangeante et distille ses quelques éléments gores avec parcimonie.

Je le répète pour ceux qui ne liraient qu’une ligne sur douze : c’est un film très, très, très lent.

 

Dani et Christian forment donc un couple totalement non-épanoui. Lui ne l’aime plus, elle, engluée dans une relation toxique avec sa soeur bipolaire, ne sent pas épaulée et soutenue (forcément).

Alors qu’il est prêt à prendre son courage à deux mains pour la quitter, la soeur de Dani se suicide en tuant ses parents au passage.

(comme dans Hérédité, la famille est le lieu de tous les traumatismes)

Incapable de l’abandonner dans ces circonstances, Christian décide de remettre à plus tard sa « bonne » résolution et les voilà repartis pour plusieurs mois de relation insatisfaisante, au grand dam des amis de Christian.

Ces derniers ont décidé d’accompagner un des leurs en Suède dans un festival organisé tous les 90 ans par sa communauté. Josh y va pour sa thèse, Mark pour pécho de la suédoise et Christian était sensé larguer Dani avant pour pécho de la suédoise tout en réfléchissant à son sujet de thèse.

Evidemment Christian ne trouve pas le courage de quitter sa petite amie et, à la place, l’invite en Suède avec eux. Seul Pelle, originaire de la communauté, se réjouit de sa présence parmi eux.

(pour des raisons bien sûr pas très catholiques, comme on s’en doute tout de suite)

 

Le petit groupe s’envole pour la Suède, fait un mauvais trip avec des champignons (en tout cas pour Dani) et arrive dans la fameuse communauté toute de blanc vêtue (ce qui en dis plus long sur la qualité de leur lessive que sur leurs convictions religieuses).

Il est évident que des personnes qui passent leur temps à se sourire et être contents de se voir ne peuvent que cacher de noires intentions et le premier indice arrive avec cette tapisserie qui nous montre une « belle histoire d’amour » dans laquelle une femme séduit l’élu de son coeur avec ses poils pubiens et le sang de ses règles.

(après je critique mais je n’ai jamais essayé, ça n’est pas forcément pire que Tinder).

Nos jeunes américains se baladent donc dans cette forêt pleines de gens qui n’ont ni téléphone ni Netflix (et n’ont donc pas vu la saison 3 de Stranger Things, ne nous étonnons pas s’ils se mettent à faire des choses bizarres pour s’occuper), rencontrent d’autres « étrangers » et sont très satisfaits (sauf Dani et Christian qui mettent un point d’honneur à rester malheureux ensemble, ce qui serait la définition même du mariage d’après certaines personnes).

Tout se passe pour le mieux jusqu’au deuxième jour et à la cérémonie dont j’ai oublié le nom mais dont Pelle refuse de parler ouvertement, ce qui fait s’allumer des signaux d’avertissement chez tout le monde (sauf nos quatre amis).

(surtout après sa petite blague dont le spectateur aguerri devine qu’elle-n’en-est-pas-une sur les résidents de la communauté tués dès leurs 72 ans)

Après le déjeuner, tout le monde se dirige vers un défilé rocheux pour assister à un spectacle typique de culture suédoise et voit deux personnes âgées se jeter d’une falaise.

(dont une qui se rate et est achevée à coup de maillet)

De manière fort surprenante le spectacle n’est pas du goût de tous, surtout pour Dani à qui ça rappelle quelques mauvais souvenirs (ses parents assassinés par sa soeur, ce genre de détail). Christian essaie bien de lui montrer que là-bas au moins personne ne se pose la question du financement des retraites et qu’aucun petit vieux ne vient faire ses courses à 18h30 en payant avec sa petite monnaie mais elle est peu sensible à l’argument et préférerait rentrer.

(bien sûr qu’ils ne le font pas, le film serait fini sinon)

Un couple d’anglais n’a pas autant de scrupules et décide de lever le camp dès le lendemain. Comme on peut s’en douter, ils disparaissent l’un après l’autre tandis que la communauté invente des mensonges peu crédibles pour expliquer leur disparition.

Maintenant Christian sait qu’il veut faire sa thèse sur cette communauté (y a un concept vendeur dans le thème « suicide forcé de personnes âgées ») et se brouille avec Josh, dont le sujet de doctorat est similaire.

L’ambiance est tendue entre les amis et la relation de Dani et Christian pourrit de plus en plus à cause de Maja, jeune fille de la communauté qui semble avoir jeté son dévolu sur Christian (à base de poils pubiens et de sang de menstrues comme je le disais plus haut).

Dani se sent de plus en plus délaissée, entre Christian et Josh obsédés par leurs thèses respectives et leur volonté de se tirer dans les pattes et Mark qui ne l’a jamais aimée. Le seul sur qui elle peut compter semble être Pelle, celui qui les a amené ici.

 

Après la disparition du couple d’anglais c’est au tour de Mark de suivre une jeune fille et de ne jamais réapparaître. Puis Josh, qui a forcé l’entrée du temple sacré pour prendre des photos de leur livre religieux est assassiné à son tour.

Le livre sacré est déclaré volé et Christian, sans se soucier du sort de ses deux amis, ne pense qu’à se désolidariser d’eux pour ne pas compromettre ses recherches.

Commence alors le rituel de la Reine de Mai, un concours de danse qui doit élire celle qui bénira les récoltes à venir (entre autres, encore une fois on se doute que si Pelle insiste pour que Dani y participe ce n’est pas innocent).

Dani l’emporte et, alors qu’elle célèbre sa victoire, Christian semble avoir de plus en plus de mal à résister à Maja. Il a été accepté par les Anciens pour être son reproducteur (la communauté ayant besoin d’éléments « extérieurs » pour éviter la consanguinité).

Poussé par la communauté, drogué, il finit par coucher avec elle lors d’une scène de sexe particulièrement étrange. Il se fait surprendre par Dani, qui le prend plutôt mal. Après le coït, il reprend ses esprits et s’enfuit. Alors qu’il se cache dans un poulailler il découvre le corps supplicié mais encore vivant de Simon, un des deux anglais sensé être rentré chez lui. Il est à nouveau drogué (à ce niveau-là c’est plus une communauté mais une rave-party) et se réveille quelques instants plus tard, incapable de parler et de bouger.

On arrive au clou des festivités : le sacrifice de 9 personnes à la gloire du soleil. Quatre « de l’extérieur » (Connie, Simon, Mark et Josh), quatre de la communauté (les deux suicidés du début plus deux qui se sacrifient volontairement) et c’est à Dani, la Reine de Mai, de choisir le dernier entre Christian et un habitant de la communauté.

Comme elle n’est pas du tout revancharde, elle choisit Christian, scellant ainsi la mort (à tous les niveaux) de son couple et son appartenance à une communauté prête à la soutenir et l’entourer comme son copain n’a jamais su le faire.

Après le décès de sa soeur meurtrière, elle s’est trouvée une nouvelle famille tout aussi mortelle…

Le film se finit sur son visage souriant face à la cabane où le corps de Christian est en train de brûler vif.

 

Comme on le voit, il « se passe » relativement peu de choses pour un film de 2h30. La trame de l’histoire est connue (le couple dysfonctionnel qui part en vacances, la communauté trop belle pour être honnête, les disparitions mystérieuses sur lesquelles on ne s’étend pas trop, les sacrifices…) mais Ari Aster prend le temps de poser ses personnages et son ambiance.

A partir de la disparition de Mark on s’attendrait à ce que le rythme s’accélère jusqu’au climax final (ce qui se passe dans la plupart des films d’épouvante) mais non, le réalisateur maintient toujours la lenteur de son rythme et il reste encore une bonne heure avant le plan final.

Les séquences sont étirées pour faire monter le malaise (le suicide des « vieux » en est un bon exemple, les mouvements des personnages sont lents, les plans longs, l’action semble avancer au ralenti alors que le spectateur se doute déjà de ce qu’il va voir). Le problème avec ce genre de procédé c’est que soit vous rentrez dedans (comme ça a été le cas pour moi sur ce film) et vous ressentez vraiment la mise sous pression, soit vous décrochez et vous vous faîtes chier (comme ça a été le cas pour moi sur Hérédité).

Après il faut reconnaître à Ari Aster son refus de tout sensationnalisme, de toute facilité, au profit de la mise en place d’une ambiance plus délétère que tous les jumpscare d’Annabelle réunis.

 

Encore une fois, le coeur du film n’est pas cette petite communauté un peu timbrée mais bien le couple Dani/Christian superbement écrit et interprété.

C’est la déliquescence de ce couple déjà moribond qui marque le rythme du film, des petits mensonges (« Ah j’ai oublié de te dire que je partais en Suède ? ») aux petits manques d’attention (« Ah, j’ai oublié ton anniversaire ? ») en passant par les petites indifférences (« Ah tu as quelque chose à me dire ? Non mais parce que là je bosse sur ma thèse »).

Le couple d’anglais formé par Connie et Simon n’est presque là (en plus de mourir cruellement) que pour marquer d’autant plus le contraste entre leur « vraie » histoire d’amour et le machin innommable qui existe entre Dani et Christian.

Ils s’aiment, ont des contacts physiques, font des projets… à mille lieux de Dani et Christian qui ne supportent même plus de se tenir la main pour marcher tandis que ce dernier ne se rappelle plus leur date d’anniversaire.

Bref, l’intervention de la communauté ne vient qu’accélérer un processus déjà existant mais qu’aucun des deux n’a le courage d’affronter : la disparition de Christian de la vie de Dani.

 

Après le décès brutal de ses parents et de sa soeur, Dani (que l’on voit toujours seule ou accompagnée de Christian avant son départ pour la Suède) cherche une nouvelle famille qui saura l’aider à gérer sa fragilité et ses crises d’angoisses, une nouvelle famille pour adopter l’orpheline qu’elle est devenue et c’est ce qu’elle finit par trouver à Harga.

Alors oui c’est une famille qui tue les personnes de plus de 72 ans et qui pratique régulièrement des sacrifices (en plus de donner à manger des poils pubiens et du sang utérin) mais est-elle est vraiment pire que celle dans laquelle elle est née, où sa propre soeur a tué leurs parents ?

 

J’ai aussi trouvé l’horreur mieux intégrée ici que dans Hérédité. La fin de Hérédité, qui voyait arriver des rituels païens également me semblait trop grand-guignolesque et tombait comme un cheveu sur la soupe dans un univers urbain et familial dans lequel ils faisaient tâche. Ici, les mises à mort rituelles et les sacrifices s’intègrent parfaitement à la communauté et au ton du film. Les réactions parfois outrancières et la scène de reproduction wtf peuvent en décontenancées certains mais elles restent raccords avec l’ambiance du film.

 

(si j’osais aller aussi loin, je me poserai aussi la question du nom « Christian », chrétien en anglais, et du fait qu’il est sacrifié par une communauté païenne… mais ce serait peut-être allé un peu loin)

 

En conclusion, Midsommar est un bon film de par sa mise en scène, la beauté de ses images et de sa bande-originale, la justesse de ses personnages et la qualité de son interprétation. Maintenant, si vous préférez les films à rebondissements où ça bouge, ça explose et ça sursaute passez votre chemin, j’ai connu des escargots sous Xanax qui avançaient plus vite que l’intrigue de ce film.

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