Jour de confinement 21 : J’ai testé pour vous…

Vivre une pandémie mondiale confinée chez moi.

 

Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec les concepts de « pandémie mondiale » ou de « confinement » (ce qui inclue les joggeurs, entre autre) parce qu’ils viennent de quitter leur foyer familial (une meute de loups dans les Pyrénées), je vous ai fais un résumé précis et très bien documenté de la situation :

Système solaire, 2020. Tout le système est sous occupation vegan. Tout ? Non, une petite planète résiste encore et toujours à l’envahisseur ! Et sur cette planète marche Hervé. Hervé est soucieux car il n’a toujours pas de cadeau pour son collègue Jean-Gérard qu’il déteste mais qu’il a malheureusement tiré au sort lors du Père Noël secret de la boîte. Et en plus Hervé a faim et ne sait pas ce qu’il va bien pouvoir grailler ce soir à part une vieille boîte de raviolis pourris. Mais là, Hervé a une bonne idée : et s’il passait par le marché aux animaux sauvages de Wuhan, pour se trouver un nouveau compagnon au pire, un bon steak au mieux ?

Aussitôt dit, aussitôt fait, voilà notre héros en train de choisir entre les pythons, les pangolins et les Benalla sauvages. Dix minutes après, Gérard le pangolin est dans son sac de courses entre une boîte de capotes et deux bières. Gérard n’est pas vraiment enchanté d’être là mais il a choisi d’être un winner de la startup society et d’ouvrir ses horizons à une économie worldwide friendly lorsqu’il a commencé à produire de l’expérience pour sa nouvelle boîte totalement disruptive qui l’a envoyé explorer de manière proactive toutes les possibilités de leadership qu’offre un marché aux Benalla sauvages. Gérard est donc un con qui mérite tout ce qui va lui arriver.

Hervé, tout content d’avoir résolu un de ses problèmes de vie, a hâte de transformer cette anecdote absolument inintéressante en belle métaphore capitalisto-überisée sur Linkedin. Hervé est donc également un con qui mérite tout ce qui va lui arriver.

Sans surprise, à part pour le principal intéressé, Gérard finit dans un four fort peu disruptif pendant qu’Hervé va faire pleurer du chômeur en parlant des choix cornéliens que vous impose la vie, des décisions qui doivent être prises quoi qu’il en coûte et de l’importance d’être positif, fort, indépendant, adaptable et sans aucune exigence pour dénicher l’opportunité de vos rêves (qui consistera probablement en un stage non-rémunéré chez MacDonald’s mais eh « Si la vie vous envoie des citrons, faîtes en de la limonade ! »).

Si Hervé était plus intelligent il ne perdrait pas son temps à croire en ces conneries et saurait calculer correctement le temps de cuisson d’un Gérard. Malheureusement, comme nous l’avons dit plus haut, Hervé est un con et Gérard sort du four à moitié décédé seulement. Comme Hervé pense sincèrement qu’il faut être innovant en tout, il décide que sa prochaine aventure de vie va l’amener dans la création de sushi de pangolin et il déguste le pauvre Gérard en fantasmant sur son futur rôle de CEO-visionnaire-fédérateur-leader du Monde Libre-créateur de disruptions permanentes-modèle des jeunes-baiseur de mineures.

Quatre mois plus tard, je gratte au sang les étagères du supermarché du coin pour espérer y trouver de la levure chimique.

 

Alors, qu’est-ce que je retiens de cette expérience imposée de confinement ?

Déjà, qu’Hervé mérite de crever dans d’horribles souffrances et qu’il faudrait traquer et massacrer tous les Gérard juste histoire d’être sûr qu’il leur reviendra plus l’idée de se balader dans des marchés aux animaux sauvages.

(qu’est-ce qu’il foutait là-bas déjà, je vous le demande ? Est-ce que c’est la place d’un pangolin, les étals d’un marché ? Je ne crois pas non ! Si déjà j’ai même pas le droit d’amener mon chien dans une boulangerie, je vois pas pourquoi Gérard le pangolin pourrait se balader dans un marché comme s’il était chez lui)

Et ensuite quelques menus détails positifs ou négatifs que je vais lister de suite :

 

(contre) On n’a jamais eu un mois de mars aussi ensoleillé

Je viens d’une région où le concept de mi-saison n’a aucun sens. Depuis quelques années, le concept même de saison n’a plus aucun sens en fait…

Je peux allumer mon radiateur au mois de juin mais me promener en t-shirt fin octobre. Et le printemps ne dure jamais plus de deux semaines. En fait, chez nous, on passe de la tempête à la canicule sans aucune transition (ça c’est pour les faibles).

Enfin, ça c’était la règle depuis ma naissance… puis un jour Hervé bouffe Gérard et là le soleil se dit « Il me vient l’idée d’une bonne blague… » et j’assiste au premier mois de mars de toute ma putain d’existence sans AUCUN jour de pluie.

Il fait beau et chaud TOUS les jours et la seule chose que je peux faire pour me rappeler ce que ça fait d’être au soleil c’est me percher dangereusement (j’habite quand même au rez-de-chaussée) ET dans une posture totalement inconfortable pour mes lombaires sur le rebord de ma fenêtre 1h par jour.

Hervé aurait bouffé Gérard un mois plus tôt, j’aurais passé mon mois de février tout pluvieux tranquillement sous ma couette…

 

 

(pour) Je découvre la joie des plaisirs simples…

Vivant dans un pays riche, j’ai toujours considéré comme acquis que les rayonnages des supermarchés soient toujours pleins. Que je puisse avoir le choix entre 14 sortes de lait. Que je trouve assez facilement de tout tout le temps.

Et puis Hervé joue à Top Chef et bim, plus moyen de manger une omelette.

Maintenant des rayonnages entiers sont et restent vides pendant une durée indéterminée (mais pourquoi cette soudaine passion pour le pain de mie ?) et souvent je fais avec ce que je peux plutôt qu’avec ce que je veux.

(ce qui est le cas d’une majorité de personnes sur cette planète bien sûr, mais oh, je suis une Occidentale trop gâté ok, donc j’ai le droit de me plaindre comme telle !)

L’avantage de cette situation c’est que 1) maintenant faire les courses c’est cool (parce que je peux voir autre chose que les posters du mur de mon salon pendant au moins 1h) et 2) quand je met la main sur un produit introuvable depuis deux semaines, j’ai l’impression d’avoir remporté une grande victoire sur le Destin.

L’autre jour mon copain a réussi à avoir des oeufs… de vrais oeufs pondus par de vraies poules et avec lesquels on peut faire des oeufs brouillés ! Ca a été l’évènement le plus marquant de la journée, on en a parlé à tous nos amis et on a fêté ça pendant trois jours.

En temps normal, trouver des oeufs c’est juste la base. Et faire ses courses une grosse tannasse.

La joie des plaisirs simples…

 

 

(contre) …et la tristesse des déceptions simples

Aujourd’hui je suis allée faire des courses (ça me fera au moins une chose à raconter si on m’appelle courant de la semaine) et j’attendais ce moment avec l’impatience d’une gosse à qui on annonce qu’elle va partir à Disneyland.

(y a la section commentaires pour ceux qui veulent se foutre de ma gueule)

J’étais sincèrement super excitée à l’idée de faire mes courses dans cet autre supermarché, tout ça parce qu’une amie m’avait dit qu’il était bien achalandé. Sincèrement. Excitée. A. L’idée. De. Faire. Mes. Courses.

(vous vous rappelez quand mon copain pensait que j’avais touché le fond à regarder des épisodes d’Hercule Poirot ? Eh ben j’ai réfléchi au problème et j’ai tout simplement rajouté de nouvelles strates de fond)

Et alors, je ne veux pas dire que cette amie m’a menti mais je le ferai quand même : elle m’a menti !!!

Zéro oeuf, zéro levure chimique, zéro pain de mie, zéro baguette à cuire au four, zéro saumon fumé (eh oui, je suis une Occidentale trop gâtée je vous le rappelle et me plaindre que je ne trouve pas de saumon fumé est une de mes prérogatives sacrées, avec celle de déclencher des guerres dans des pays qui se situent à des milliers de kilomètres de chez moi alors on arrête de râler et on est content que je ne fasse que pleurer sur Jéjé le saumon perdu, ok ?)… je me suis sentie tellement flouée ! J’étais à deux doigts d’incendier le magasin et de hisser le drapeau des pirates.

(mais bon j’avais oublié mon drapeau chez moi donc je me suis contentée de râler et de passer à la caisse)

Et encore, j’ai réussi à trouver un gigot (cuisiner un gigot est mon obsession du confinement, et je trouve pas ça plus con que faire son propre pain alors prout prout prout)… parce que ça fait trois semaines que je cherche désespérément un gigot à cuisiner, je l’appelle de mes voeux, dans mes prières, mes rêves et mes sacrifices humains mais rien ! Je vais dans ce supermarché sur les conseils de mon amie, qui elle l’a trouvé ce putain de gigot, et là mon copain, après un détour au rayon boucherie, me dit qu’il n’y a rien.

J’ai failli me laisser tomber sur le sol dans un murmure « C’est bon, je n’ai pas la force d’en endurer plus… achève-moi ».

Sincèrement, les larmes me sont montées aux yeux. Les. Larmes. Me. Sont. Montées. Aux. Yeux. Pour un gigot !!!!!

(il y a toujours la section commentaires pour ceux qui veulent encore se foutre de ma gueule)

En temps normal c’aurait été un haussement d’épaules « Oh bah je regarderai la prochaine fois » (voire même rien du tout vu qu’hors période de confinement je ne cuisine jamais de gigot) et je serais rentrée chez moi. Là, on avait l’impression que je jouais ma vie, mon honneur et toute ma destinée sur ce pauvre morceau de viande…

(heureusement tout est bien qui finit bien, mon copain est juste aveugle et j’ai enfin eu mon gigot. J’ai pu repousser mes envies de suicide à plus tard et j’en suis contente)

Mais comme pour les joies, la puissance des déceptions simples est augmentée par 1000000000000.

 

 

(pour) On voit moins de gens…

Les misanthropes dans mon genre sont enchantés, soit les gens restent chez eux, soit c’est vous qui ne sortez pas, soit les deux, dans tous les cas moins d’abrutis à fréquenter au quotidien !

Plus de musique de merde à fond dans le tram, plus de conversation téléphonique hurlée à pleins poumons dans le bus « Mon gynéco m’a dit que c’était une blennorragie mais tant que je pisse pas jaune c’est bon ! », plus d’enfants qui crient et vous écrasent les pieds, plus de parents qui ont l’impression d’avoir enfanté la huitième merveille du monde alors qu’à quelques écailles près vous confondiez leur progéniture avec Gérard…

La vie est belle quand vous y êtes seuls !

 

(contre) …mais ceux qu’on voit ont toujours la même tête

Vu que le principe du confinement c’est de rester chez soi, à moins d’avoir la chance de vivre seul, vous croiserez quand même régulièrement des gens. Et vu que ces gens aussi sont confinés, et donc qu’ils ne peuvent pas sortir non plus, ce sont les mêmes têtes qui risquent de revenir à intervalles réguliers.

Si certains sont rassurés par la routine immuable, je trouve ça personnellement un peu anxiogène. C’est quand même plus sympa d’avoir des gens différents, qui vous proposent des laideurs différentes et des conneries différentes. Etre agacée tout le temps par la même personne c’est lassant et, quand vous vous moquez trop des mêmes gens, ils finissent par s’en rendre compte et se vexent.

(les autres sont d’un susceptible..!)

Si c’est pour quand même croiser des gens sans pouvoir choisir lesquels, alors autant sortir et boire des bières.

 

(pour) Je teste de nouvelles activités

En plus du gigot, je me découvre de nouvelles passions.

Là par-exemple, ça fait dix minutes que j’essaie d’attirer l’attention de mon copain, assis dans la pièce d’à côté avec son casque sur les oreilles. En théorie il pourrait me voir mais il a décidé que la vision était un truc de faibles et a choisi de ne s’orienter qu’à l’odorat et aux ultrasons (cf : le gigot de Schrödinger, à la fois présent et absent en fonction de si c’est moi qui regarde ou lui).

Donc là je crie, je tape dans mes mains, je danse sur place, je fais des grimaces à la con… ça ne marche absolument pas mais c’est très rigolo.

Je fais aussi d’autres expériences moins ludiques comme le ménage (sûrement le sujet d’un prochain « J’ai testé pour vous… ») ou sortir moi-même mes poubelles (feignants d’éboueur, moi je ne trouve pas mon saumon fumé mais est-ce qu’on m’entend me plaindre hein ?).

Alors je ne ferai sûrement pas mon pain, parce que c’est super mainstream et que c’est moins amusant que de me foutre de la gueule de ceux qui découvrent le principe de la boulangerie, même si me moquer d’eux ne me fournit pas de baguette pour manger mon fromage le soir, mais qui sait jusqu’où le vent va me porter ? Du scrapbooking ? De la couture ? L’épilation intégrale de mes sourcils ? Le tri de mes vêtements ? De réelles discussions avec mon copain ? Me rappeler pourquoi j’essaie d’attirer son attention depuis 10mn ? Tant de possibilités toutes plus excitantes les unes que les autres…

 

 

Verdict :

Sur le papier, le confinement c’est assez sympa (du temps pour cuisiner du gigot et ne pas communiquer avec son cher et tendre) mais dans les faits c’est assez relou.

C’est pas pour rien que j’ai laissé mes grands-parents paternels vivre la Seconde Guerre Mondiale à ma place, le rationnement est un système qui me convient moyennement de par sa nature même (qui est de rationner donc) et je préfère quand on peut trouver facilement du saumon fumé pour son brunch de Pâques.

Je suis pas née dans un pays libre et aisé pour vivre les mêmes privations que n’importe quel résident d’un pays pauvre, ok ?! Ma mère m’a pas accouchée pour que je souffre, merde !

 

Note : 0,5/5

 

2 commentaires sur “Jour de confinement 21 : J’ai testé pour vous…

  1. Dans un souci de culture générale et animalière, je tiens à rappeler que le pangolin est un mammifère édenté d’Afrique et d’Asie, que la femelle du pangolin s’appelle la pangoline, et qu’elle donne naissance à un seul petit par an, qui s’appelle Gérard (anciennement Toto, mais les coutumes changent). Je tiens aussi à rappeler que Gérard est par nature assez imprudent, et que sa présence sur ce marché n’est pas sans rappeler un tragique accident de la route qui avait frappé un de ces congénères en Afrique, il y a de cela quelques années.

    Merci pour ces articles toujours très bien tournés, qui égayent agréablement mon quotidien en cette période troublée. ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Il est vrai que j’ai oublié de préciser que Gérard oublie souvent de regarder avant de traverser, ce qui le rend aussi dangereux sur une route que dans un marché…

      Merci pour cette précision d’une importance vitale pour la sécurité routière !

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