Pas contente

Aujourd’hui, je ne suis pas contente. Nous sommes vendredi, dernier jour avant le week-end, je ne devrais être que joie, amour et impatience de me boire une bière en terrasse mais rien à faire, je ne suis pas contente.

 

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Tout avait déjà très mal commencé hier soir avec le visionnage du film L‘Enfer du devoir de William Friedkin. Vous vous rappelez ce réalisateur talentueux qui nous a gracieusement offert L’ExorcisteFrench Connection ou encore La Chasse ?

Bon bah visiblement lui non plus n’était pas content. 

Un colonel, joué par Samuel L. Jackson, ordonne l’ordre de tirer dans une foule de civils lors de l’évacuation de l’ambassade américaine au Yémen. Vu que l’opération fait plus de 80 morts et une centaine de blessés, quasiment que des civils, les Yéménites ne sont pas contents (on sera bientôt assez pour créer un mouvement) et voilà ce pauvre Samuel obligé de passer en cour martiale parce que « Gnagnagna tuer des enfants c’est mal ». 

J’avais des doutes en lisant le pitch (surtout que le film date des années 2000 qui ne sont pas forcément réputées pour leur vision critique de l’hégémonie américaine) mais je me suis dit « Hé, c’est Willou ! S’il y en a bien un qui peut rendre ce genre de sujet casse-gueule intéressant c’est bien lui. »

Hahahahahahahahaha

 

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Comme c’est mignon de garder cette naïveté d’enfant passé les trente ans… L’Enfer du devoir est EXACTEMENT le genre de daube manichéenne, pro-US et moralement immonde qu’il a l’air d’être.

Je vais présentement vous spoiler allégrement ce film que je ne vous conseille de toute façon pas : Samuel L. Jackson passe son temps à dire à qui veut l’entendre que la foule était armée, ce qui n’est corroboré par aucune preuve. Là on aurait pu tenir un sujet intéressant : un Marine multi-décoré pète les plombs lors de la mission de trop, posant ainsi la question en creux de la responsabilité des Etats et des ravages de la guerre. 

Mais que nenni, lors d’un flashback tiré du cul d’un babouin, William nous montre qu’en fait non, la foule était bien armée, ce qui n’avait jamais été montré avant et contredit absolument toute l’enquête menée par Tommy Lee Jones, l’avocat de notre Sammy national. 

Et là où le film devient vraiment nauséabond c’est que les enfants, premières victimes des tirs américains, sont présentés comme des terroristes assoiffés de sang, armés comme les adultes.

Or il n’y a qu’un pays qui a le droit d’armer ses enfants : les Etats-Unis. Un musulman de 6 ans avec un flingue c’est un terroriste, un américain de 6 ans avec un flingue ne fait qu’exercer sa liberté garantie par le deuxième amendement. Et s’il se rend dans une école avec son M16, c’est sûrement pour y apporter la paix et la démocratie mais est-ce qu’un islamogauchiasse peut comprendre ce genre de subtilité ? 

Une scène m’a particulièrement donnée envie de brûler ma télé : lors de son enquête menée au Yémen pour innocenter son client, Tommy Lee Jones rencontre une gamine de 5 ou 6 ans amputée d’une jambe à la suite de l’attaque américaine. C’est terrible, cette pauvre petite fille innocente, qu’est-ce qui justifie de s’en prendre à des enfants ?

Heureusement pour les Américains qui ne s’en prennent jamais à des enfants, à part aux leurs, on découvre que cette gamine faisait partie des terroristes armées dans la foule. Ouuuuuuuuf, l’honneur est sauf ! Et pan dans les dents de ceux qui critiquent les interventions militaires américaines, ok peut-être qu’on tue et mutile des enfants mais c’est probablement parce qu’en fait ce sont des terroristes. Nous on est les gentils donc on peut tuer que les méchants, CQFD.

Cette scène m’a donnée envie de vomir tant elle est abjecte moralement et a fait dégringoler Willy dans le bas-fond de mon panthéon noir des réalisateurs qui méritent de brûler dans l’Enfer (du devoir lol) des atrocités cinématographiques. 

De la manière la plus malhonnête qui soit il a évacué en un plan la problématique morale de toute intervention militaire : les nécessaires pertes civils d’hommes, de femmes et d’enfants innocents qui ne demandaient rien à personne. Comment justifier moralement ces « dommages collatéraux » ? Quelle(s) nécessité(s) peuvent nous pousser à envisager de sacrifier des personnes innocentes ? 

Autant de questionnements éthiques qui auraient toute leur place dans un scénario solidement construit mais sur lesquels Willou chie en toute décontraction anale. 

Evidemment Samuel L. Jackson est libéré parce qu’en fait c’est un héros, s’ensuit ensuite des scènes tellement gênantes qu’elles m’ont données envie de me brûler la rétine (notamment une dans laquelle un ancien général nord-vietnamien fait un salut militaire à son ancien ennemi, Samuel L. Jackson dans une démonstration de la reconnaissance de la supériorité américaine qui m’a donné envie de me laver le cerveau à l’eau de javel). 

Je sais bien que ce n’est qu’un film mais tant de médiocrité morale et éthique en si peu de temps, surtout de la part d’un réalisateur que j’admirais énormément, me donnent envie de marcher sur le Capitole avec une coiffe de bison sur la tête. 

J’aime le cinéma, j’adore cet art et, comme tout art, je pense qu’il a une responsabilité morale dans ce qu’il choisit de montrer et de transmettre. Réduire tout un pays à un peuple de terroristes illettrés qui doit être exterminer dès le berceau, c’est atroce. L’American-Arab Anti-Discrimination Committee en avait parlé comme « probably the most racist film ever made against Arabs by Hollywood » (pour les non-anglophones : « probablement le film le plus raciste envers les Arabes qu’ait jamais produit Hollywood ») et je trouve que c’est un peu gentillet. 

Alors forcément devant ce genre de daube je m’agace et après je me retrouve à faire les cent pas dans mon appart en me brossant les dents pour me calmer. 

(l’avantage c’est que mes dents sont très propres du coup)

 

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Ensuite je regarde le handball féminin aux JO, on passe en finale et je danse la Macarena dans mon salon parce que j’aime voir des équipes françaises en finale. Mais après j’ai agis encore plus stupidement que William Friedkin quand il a dit « Et ça s’appelle L’Enfer du devoir ? Ca a l’air sympa, je pense que je suis d’accord », je suis allée lire un article de l’Equipe et j’ai enchaîné avec les commentaires. 

Il y a une chose qui me fascine sans que je sache si c’est une maladie purement franco-française ou pas : le besoin incessant de mes compatriotes de dénigrer leur pays de toutes les manières possibles. Je note qu’en sports collectifs on a 5 équipes en demi-finale, à ce moment-là 4 en finale et que globalement on s’en sort pas si mal que ça aux JO.

Et là j’apprends que non, ces JO sont « un échec retentissant » (je cite), qu’on est nul, un pays de losers, c’est la honte et « gnagnagnagna de toute façon à part faire la grève on sait rien faire ». 

Forcément, quand t’es en plein saut latéral en gueulant « HEEEEEEEEE MAAAACAREEEENAAAAA », ça casse le mood. 

Et je me pose la question : pourquoi ce besoin constant de nous rabaisser ? Pourquoi cette volonté à toute épreuve d’hurler à la face du monde « On est nul » ? 

Alors certes, on n’est pas premier au classement des médailles par pays (classement qui n’est pas reconnu par le COI vu qu’il est contraire à l’esprit olympique et ne sert qu’à se mesurer la bite dans un concours de caleçon mouillé géopolitique « J’ai plus de médailles d’or que toi, je suis donc un gentil qui a le droit de tirer sur des enfants au Yémen ») mais est-ce que ça mérite de se flageller sur internet ? 

Je suis fascinée par notre patriotisme à la française : cracher sur tout tout le temps (surtout nos athlètes qui ne sont même pas capables de décrocher des médailles alors que franchement, si Jean-Richard avait la motivation de quitter son canapé il l’exploserait ce putain de record olympique du 400m, c’est quand même pas compliqué quand on est motivé) mais hurler à la mort quand un joueur de foot ne chante pas la Marseillaise. 

Nos athlètes sont donc tous des branleurs, nos fédérations sportives ne font que de la merde, on organisera les pires JO de l’Histoire (parce qu’en plus Jean-Richard est médium, spirite, voyant, magnétiseur, fait revenir l’être aimé, guérit la syphilis à distance et gagne des médailles par la pensée), on ne sait que se plaindre (pas faux cependant), faire la grève et glander, on est la honte de l’Europe, un pays déclassé, une nation d’assistés incapables de quitter leurs écrans chéris (« commentaire envoyé depuis mon iPhone ») et de cons mais qu’un Arabe ose dire « Et je trouve qu’on a aussi un problème de racisme » et tous les Jean-Richard se mettent à lui hurler dessus « KKEEEEEEEEWWWAAAAAAAA ?! Qu’oses-tu dire manant ? Tu critiques notre beau pays, la perle de l’Europe, la douce France pays de notre enfance ? Alors qu’on est la huitième merveille du monde ? Qu’on nous envie notre cuisine, nos baguettes et nos marinières ? Non mais si t’es pas content t’as qu’à rentrer chez toi ! ». 

Même si ce dédoublement de la personnalité me fascine et me fait rire (jaune), toute cette toxicité alors que je remue du boule comme jamais, ça m’énerve. 

 

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Et enfin, la France a perdu sa demi-finale au basket contre le Japon… moi qui espérais une cinquième finale en sports co, quelle tristesse. 

Je me suis transformée en authentique Jean-Richard, à hurler contre les joueuses à chaque erreur (et il y en a eu un paquet, un authentique match de la lose comme j’espérais ne pas en voir) et à bouder dans mon canapé « Non mais c’est pas possible d’être aussi nulles, c’est quand même pas si compliqué de gagner une demi-finale de Jeux Olympiques quand même. Merde à la fin… ».

Déjà que je n’ai même pas pu visiter leur pays, voilà qu’en plus les Japonaises se permettent de nous dégager avant la finale… c’est quoi cet acharnement nippon ? Qu’est-ce que j’ai fais pour que ces gens me détestent à ce point ? Moi qui aiment les sushis, le matcha et Death Note ! Heureusement pour elles, elles méritent leur victoire sinon j’aurais boycotté Planet Sushi pendant au moins deux semaines !

Ce qui ne m’empêche pas d’être insatisfaite, car comme l’authentique française que je suis depuis au moins une génération et demi, j’ai décidé de me concentrer sur la défaite méritée en basket plutôt que sur la victoire tout aussi méritée en hand. C’est quand même plus sympa de râler sur nos échecs que de se féliciter de nos accomplissements !

 

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Voilà, ça me semble quand même trois excellentes raisons de tirer la tronche aujourd’hui… vivement qu’on aille voir The Suicide Squad ce soir, histoire d’avoir une nouvelle raison de râler !

Après tout le week-end ne fait que commencer, je vais avoir deux jours à tuer en boudant… 

 

 

 

 

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